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Trouver une alternance quand on vit avec une maladie chronique

Employabilité
Le 22/05/2026 par Mathilde Murzeau
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L'article en bref

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Sommaire

1. Une expérience transformée
2. Aujourd’hui : plus de confiance, moins de tabous
3. Son message aux recruteurs
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Trouver une alternance est déjà un défi en soi. Lorsqu’on vit avec une maladie chronique et une RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé), ce parcours peut devenir encore plus complexe, mêlant doutes, choix stratégiques et besoin d’adaptation.

Noémie, étudiante en Master 2 et aujourd’hui alternante chez Coline Care, partage avec nous son expérience, entre difficultés, apprentissages et reconstruction.

Atteinte de spondylarthrite, une maladie chronique inflammatoire qui impacte son quotidien, notamment en période de crise, elle obtient sa RQTH dès 2017, juste après le bac, avec le soutien de ses parents.

« Ils ont anticipé pour faciliter ma vie professionnelle, notamment pour les stages et les alternances. »

Elle s’oriente vers un DUT GEA, mais son état de santé complique rapidement les choses.
Malgré cela, elle poursuit son parcours en IAE, où elle réalise un stage dans un grand groupe du BTP, puis décroche une alternance.

Premières expériences

Lors de cette première alternance, Noémie fait un choix stratégique : ne pas parler de sa RQTH.

« Je voulais qu’on voie Noémie, pas Noémie et la maladie. »

Elle redoute les jugements, les biais et le risque d’être réduite à son handicap : « J’avais peur qu’on me prenne pour un quota, qu’on ne voit pas mes capacités. »

Ce n’est qu’après plusieurs mois, une fois en confiance, qu’elle finit par en parler. Mais cette période est aussi marquée par des difficultés plus profondes.

« Je ne me connaissais pas encore assez. Je ne savais pas exprimer mes besoins. »

Au fil des mois, la fatigue s’accumule. Le manque d’aménagements aggrave la situation.

« Mon directeur n’avait pas vraiment pris la mesure de ma pathologie. »

Les conditions de travail deviennent progressivement plus difficiles, notamment en raison des trajets quotidiens, très fatigants. Noémie demande la mise en place de télétravail dans le cadre de sa RQTH.

Son responsable accepte d’en discuter avec la hiérarchie, mais la demande n’est pas traitée à temps, en partie parce qu’un accord interne limitait le télétravail pour les alternants.

Peu à peu, l’épuisement s’installe et son état de santé se dégrade :

« Fin de première année, j’ai fait un burn-out. J’ai dû m’arrêter pendant deux ans. »

Se reconstruire et apprendre à se connaître

Cette pause forcée devient un moment clé.

À son retour, Noémie change d’approche. Elle reprend ses études en Master RH, avec une spécialisation en inclusion.

Surtout, elle entame un travail essentiel sur elle-même : « J’ai appris l’importance de m’écouter, de communiquer, d’anticiper. »

Elle insiste sur un point fondamental :

« La connaissance de soi, c’est essentiel. »

Lorsqu’elle recherche sa nouvelle alternance, Noémie fait un choix différent, elle décide de mentionner sa RQTH sur son CV.

Un positionnement assumé, en accord avec ses valeurs :

« Je ne voulais plus en faire un tabou. Et si ça freine, tant mieux. »

Pour elle, ce choix est aussi un filtre : elle souhaite évoluer dans un environnement où elle peut être pleinement elle-même, sans cacher sa réalité.

Travailler avec des entreprises pour lesquelles les enjeux de santé sont un tabou ou un frein ne correspond plus à ce qu’elle recherche.

Une expérience transformée

Aujourd’hui, Noémie est alternante chez Coline Care. Et la différence est nette.

« Tout est différent : l’écoute, la compréhension, l’adaptation. »

Elle bénéficie d’un environnement de travail flexible et inclusif :

« On privilégie une approche fondée sur l’équité. »

Mais au-delà des aménagements, c’est aussi une question de confiance : « J’ai envie de les rendre fiers. »

Et cela change profondément son quotidien :

« Se lever le matin en se sentant bien, ça change tout. »

Aujourd’hui : plus de confiance, moins de tabous

Avec cette nouvelle expérience, Noémie se sent plus à l’aise, y compris pour parler de ses difficultés.

« Avant, j’avais beaucoup d’appréhension. Aujourd’hui, beaucoup moins. »

Elle a gagné en confiance et en clarté sur ses besoins.

Son parcours lui a appris que le monde du travail n’est pas uniforme : « Tout dépend de la personne que tu rencontres, de son niveau de sensibilisation. »

À celles et ceux qui vivent avec une maladie chronique :

« Écoutez-vous. Comprenez vos besoins. Ayez confiance en vous. Et surtout, ne vous dévalorisez pas à cause de votre pathologie. »

Son message aux recruteurs

Enfin, Noémie invite les entreprises à dépasser leurs appréhensions :

« Je comprends que ça puisse faire peur, parce que c’est l’inconnu, mais demandez simplement quels sont leurs besoins.»

Selon elle, l’inclusion est bénéfique pour tous :

« Ça améliore le climat social, la productivité… et ça donne envie de bien faire. »

Le 22/05/2026

À propos de l'auteur

Mathilde Murzeau

Journaliste spécialisée dans les questions de handicap invisible et d'inclusion professionnelle. Passionnée par les récits humains, elle donne la parole à ceux qui transforment le monde du travail par leur parcours unique.

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