Baptiste Mulliez

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Aujourd’hui nous avons le plaisir d’accueillir Baptiste 29 ans qui a accepté de nous partager son expérience. 

L’objectif de ce podcast est d’aider les personnes malades à mieux appréhender leur pathologie grâce à des personnes qui sont déjà passées par ces étapes.

"En allant à ces groupes de paroles, j’ai réussi à m’identifier, à identifier mon mal être et si eux s’en sortent, alors moi aussi"
Baptiste
Sevré d'alcool

L’objectif de ce podcast est d’aider les personnes malades à mieux appréhender leur pathologie grâce à des personnes qui sont déjà passées par ces étapes.

Retranscription du podcast

Jonathan : Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir Baptiste, 29 ans, nous l’avons rencontré sur Instagram. Ces posts nous ont touchés. Nous l’avons contacté et il nous a répondu sans attendre. Baptiste Bonjour, merci d’être ici tout d’abord, comme je disais, tu as 29 ans et j’habite Paris. Peux tu nous en dire plus sur toi?

Baptiste : Je suis ravi d’être ici. Merci. Merci de m’avoir contacté. Je suis ravi de témoigner et de partager mon expérience, si possible pour en aider d’autres et à libérer la parole sur ces sujets. Moi, je m’appelle Baptiste, j’ai 29 ans, je suis un alcoolique abstinents depuis maintenant cinq ans, donc je n’ai pas touché à une goutte d’alcool depuis cinq ans. J’ai commencé à boire un verre, mais 15 ans plus ou moins quand le foot est un peu sorti de ma vie et s’en est suivi une descente aux enfers assez phénoménale. Jusqu’au jour où ma mère est rentrée dans ma chambre pour me parler des Alcooliques anonymes.

Jonathan : OK, donc, ça a été l’élément déclencheur.

Baptiste : Ça a été l’élément déclencheur. Il y a eu plein.

Jonathan : Il y a eu plein de signaux d’alerte qui m’ont été donnés. Mais le jour où j’ai ouvert les yeux, ça a été le 31 mars 2015.

Jonathan : Félicitations, c’est super, est-ce que tu peux nous dire pourquoi tu buvais ?

Baptiste : Je buvais avant tout parce qu’il y avait un mal être, beaucoup de souffrance et je me taisais. Je n’arrivais pas à l’exprimer. Ce mal être vient principalement de ma gémellité. J’ai un frère jumeau. Pour ma construction identitaire, ça a été vachement compliqué, lui a pris une voix cérébrale bien cadrée, etc. Moi, pour me différencier, j’ai dû être ce mec un peu exubérant, plus sensible, plus impulsif. Je me suis beaucoup focalisé dans le sport. J’adorais le foot et je libérais beaucoup de choses à travers le sport. Et vers mes 15 ans, quand j’ai dû choisir entre le foot et les études, je venais d’un milieu où le foot n’était pas vraiment ce qu’on devait faire de notre vie. Je me suis tue. Je n’ai pas osé affirmer mes envies et j’ai arrêté le foot. Du moins mon rêve de devenir footballeur pro et tombé à la poubelle.

Baptiste : Et j’ai rencontré l’alcool et l’alcool très, très vite, m’a permis d’exister ou en fait, m’a permis de faire taire ces angoisses.

Baptiste : J’ai pu avec l’alcool à nouveau retrouver des états d’enfance, dont l’exubérance, la flamme que j’avais en moi, ce feu qui brûlait et qui devait être contrôlée par ce cercle social. Je pouvais me libérer et et être ce mec joyeux, pas pudique du tout, qui pouvait approcher les filles, le mec super drôle et toujours dans les extrêmes parce que je devais me différencier si quelqu’un buvait son verre en dix secondes. Moi, je devais le faire plus fort et c’est ce comportement excessif, cette exubérance, qui a fait que j’avais un terrain assez sensible aux addictions. Voilà comment ça a commencé.

Jonathan : Et quand tu la compris tu te dis quoi ? Est-ce que tu en parlais avec tes proches ? avec ta famille ? tes amis ? Ou, est-ce que tu gardais tout pour toi ?

Baptiste : Non, je vais garder pour moi. À l’époque, je n’avais pas 18 19 ans et mes parents me disaient Ouais, tu exagères un peu. C’est quoi? On ta vu rentrer bourré. En fait, je leur disais mais je suis jeune, je profite de la vie. Vous pouvez pas me comprendre. Aujourd’hui, notre génération, on boit plus. Mais c’est acté. Vous êtes des losers. Et tout, c’était plus par confrontation. Après, quand mes potes me disaient Vous êtes un peu exagéré, c’était toujours sur le ton de la blague, mais je ne pouvais pas réaliser comme mon groupe de potes. On buvait pas mal. On sortait beaucoup en boîte et tout. Et surtout, comment me rendre compte d’un truc dont je suis ultra fier? C’est à dire que j’ai une bonne descente. Je descends mes verres plus vite que les autres. Je fais genre, je kiffe l’alcool et tout, mais c’est une putain de fierté et j’ai l’impression que c’est moi, que c’est ma personnalité, etc. Donc impossible de remettre en question ça. Et puis, l’orgueil fait que je suis incapable de me regarder en face d’une glace. Donc, quand on dit abuses, je ne l’accepte pas. Tu ne comprends pas. Va te faire foutre. Fin le début du déni. De quoi?

Jonathan : Est ce que tu arrivais à vivre ta vie étudiante comme n’importe quel étudiant? Ou est ce que l’alcool avait pris une place vraiment trop importante?

Baptiste : L’alcool rythmaient tout mon quotidien, pas à 19 ans, je perds mon papa et tout de suite, ça a été vécu pour moi comme une libération. Papa, il prenait beaucoup de place. Je ne savais pas trop comment le rendre fier et à part être bon en math, je ne sais pas quoi. Je ne savais pas trop. Donc, ça a été une libération. Je pouvais sortir quand je voulais. Donc c’était 4 fois en boite par semaine. Les soirs et le week end me suffisaient pas. Donc, fallait que je trouve d’autres moments pour boire l’après midi, la semaine. Les afters, parce que les soirées, ça finit toujours trop tôt. Il fallait continuer. Ensuite, c’étaient des défis, Jean. Le tout ou tout le week end sans Sanzo. Une semaine entière, sans eau. Fallait des vacances hallucinantes d’alcool. 

C’était assez monstrueux. Je faisais des collections de bouteilles dans ma chambre. Mes armoires, c’était que des bouteilles vides. J’ai remplacé les livres par les bouteilles. J’étais tellement fier. Enfin, c’est un peu un peu macavre. Mais pour répondre à ta question, je n’arrivais pas à aller en cours. Je n’avais aucun intérêt dans mes études parce que je suivais un peu le chemin. On me disait fais des études de commerce, fait une école de commerce, faire un taf. L’enfant fait un taf comme ci, comme ça, et je me suis jamais posé la question de qui es tu? Qu’est ce que tu aimerais faire? Et j’ai aussi bu pour pallier à ces questions sans réponse. J’ai préféré fuir dans l’alcool et je m’en battais un peu les couilles de valider mon année à la fac parce que c’était tellement mieux de sortir.

Jonathan : Et donc au bout d’un certain temps, tu te dis OK, là, il faut que j’arrête les conneries. Tu prends conscience du vrai problème. Qu’est ce que ce que tu fais? Donc, j’ai vu que tu faisais de la littérothérapie, déjà, ce que je peux l’expliquer. Donc, tu co-écrits ton premier ouvrage, « Fragments d’alcool », dont on va parler juste après. Est ce que tu as fait autre chose pour t’en sortir?

Baptiste : Alors tout d’abord, je suis. J’ai été suivi par des addictologues, des psychiatres. Parce que l’alcool, ça, ça te plonge dans la dépression.

Jonathan: A quel moment c’était?

Baptiste : J’avais même pas arrêté de boire fait quand j’ai commencé à me faire soigner. Il y a eu des drames dans ma vie, autres que la mort de mon père, qui m’ont plongé dans la dépression. L’alcool nourrissais cet état dépressif. J’étais suivi, par des addictologues aussi, mais pas pour les bonnes raisons, c’est à dire que j’allais les voir pour contrôler et diminuer ma consommation et donc forcément, avec le mauvais discours, je ne pouvais pas m’en sortir.

Jonathan : Et là, tu en avais vraiment envie. Tu voulais vraiment t’en sortir ou non?

Baptiste : Je ne voulais pas. Je voulais garder l’alcool dans ma vie. Je voyais pas la vie sans alcool. Socialement, c’était impossible. Comment? Comment voir des gens sans boire? Je ne voyais aucun intérêt. Et puis, l’alcool faisait partie de mon quotidien. N’importe quelle activité, que ce soit du sport. Voir mes potes sortir, ça se résumait à ça, mais c’était que de l’alcool.

Baptiste : Je ne voyais pas l’intérêt de sortir de chez moi s’il n’y avait pas d’alcool. Il fallait que je trouve des moments aussi et chez moi pour boire parce que j’en avais besoin. Mais enfin bref, ce qui est thérapie. J’ai commencé en essayant de le contrôler parce que l’addiction te fait croire que t’as besoin d’alcool pour vivre ou de drogue pour vivre en général, donc tu essaies par tous les moyens de contrôler. J’ai fait des périodes d’abstinence complètement foireuses de un mois ou un mois et demi, mais c’était parce que je voulais prouver aux autres que je savais me contrôler et pas prendre soin de moi. La différence, c’était que je voulais qu’on arrête de me casser les couilles, qu’on arrête de me dire tu n’es qu’une merde! 

Tu ne sais pas contrôler. Je voulais leur prouver ça, mais moi, je voulais l’alcool dans ma vie. J’avais besoin de ça pour vivre. Et ensuite, quand ma mère m’a parlé des Alcooliques Anonymes. Là, j’ai enfin ouvert les yeux. J’y suis allé et il se passe une chose formidable. C’est en allant dans ces groupes de parole. J’ai réussi à m’identifier. J’ai réussi à identifier mon mal être. J’ai pu entendre des témoignages qui m’ont bouleversé et en voyant que d’autres personnes partageaient mes souffrances, je me suis dit, tu es peut être comme eux, tu as des raisons de te battre. S’ils s’en sortent alors toi aussi. 

Et c’est surtout l’échange avec des gens qui partageaient des expériences ou des émotions communes qui m’ont permis de me prendre en main et de prendre soin de moi, de comprendre que je pouvais vivre sans alcool et que mon mal être pouvait s’expliquer et qu’il y avait des choses que je pouvais améliorer dans mon quotidien. Il y a eu les AA qui ont été une putain de libération pour moi

Jonathan: Et tu as participé pendant qu’en même temps ?

D'avoir trop trinqué, ma vie s'est arrêtéeBaptisteJ’ai fait un an et demi plusieurs fois par semaine et là, quand j’en ai envie, j’y retourne quand j’en ai envie, mais beaucoup moins régulièrement parce que je voulais trouver autre chose. Et c’est là que j’ai trouvé. Je trouve, j’ai trouvé la littérothérapie et j’ai trouvé ça après deux ans d’abstinence. J’étais retombé en dépression quand même, après deux ans d’abstinence parce que j’arrive. J’avais fait le sevrage, je me sentais mieux, mais je ne m’étais pas encore découvert. Je continuais toujours à essayer d’être, de suivre le chemin, de rester dans le cadre. J’avais toujours en tête de travailler en entreprise, de faire quelque chose Bon, sous tous rapports, tu vois et j’ai explosé. J’ai eu ce besoin d’écrire parce que j’avais tant de choses en moi. Je voulais transmettre, je voulais, j’avais des choses à dire et j’avais hyper peur de parler en public. L’écriture, c’était un bon moyen d’expression.

J’ai trouvé une femme qui s’appelle Judith Lossman, qui a créé ce concept littérothérapie, la thérapie par l’écriture et donc à deux, on a créé un binôme où elle a eu un rôle d’abord de thérapeute. J’écrivais des textes, elle les lisait, on débattait ensemble, on analysait chaque mot, sous chaque mot, quelle est la signification? Qu’est ce que tu veux dire par là? Quelle émotion tu veux dire. On a creusé, on a essayé de comprendre mon alcoolisme ensemble. Et l’écriture permet de libérer beaucoup de choses. Genre, tout ce que tu ne peux pas dire en face de quelqu’un. Tu l’écris dans un petit cocon et c’est ultra libérateur. Ça fait un bien fou. Et dans un contexte où t’es pas jugé, c’est la bienveillance, où rien ne sort de ce petit cocon et écrire, en fait, a permis de mettre des mots sur qui je suis. Et c’est grâce à ça que je peux en parler aujourd’hui. C’est que j’ai mis des mots sur des émotions.

Jonathan : J’imagine qu’écrire était important. Cela t’a fait du bien, ce que ça t’a fait du bien de pouvoir parler avec les gens qui ont lu ton livre.

Baptiste : Les retours, on été dingues et surtout, il a parlé à des gens qui ne sont pas addicts, mais qui sont dans une recherche de quête de sens. En fait, dans ce livre, je parle aussi de ma reconstruction et je me suis posé des questions que tout le monde peut se poser. Qui suis je? Qu’est ce que j’ai envie de faire de ma vie? Comment est ce que je peux améliorer mon quotidien? Mes peurs? Mes angoisses? Plein de choses. Et ça a touché des gens qui ne sont même pas, qui souffrent pas d’addiction et échanger m’a conforté dans ce besoin de transmettre, ma fait un peu gagner en estime de moi et en confiance, c’est à dire que j’ai pu transformer des faiblesses en forces et aujourd’hui, j’ai envie de les transmettre aux autres. 

Et je n’ai pas envie de tout garder pour moi parce que moi, quand j’étais en souffrance, j’aurais bien aimé pouvoir échanger avec quelqu’un, partager et donc j’espère devenir une personne qui aurait été bonne pour moi. Il y a quelques années, j’ai créé un Instagram pour commencer à en parler. J’exprime mes doutes, mes angoisses, mes petites réussites et quelques quelques astuces que j’ai découvert sur mon processus de rétablissement. Donc, je partage ça et il y a bien un échange qui se fait par message. J’accompagne des personnes qui souffrent d’addiction, mais aussi des proches qui ne savent pas comment faire. C’est dingue et je pense que c’est là où tu veux en venir. C’est que j’ai découvert patients experts et patients experts, c’est pour moi, c’est spécialisé en addictologie. Mais on peut être patient expert de n’importe quelle pathologie, patients, experts. C’est quelqu’un qui est formé, qui a un savoir expérientiel de sa propre maladie et qui intervient auprès d’autres malades pour les accompagner, les inspirer, parce qu’il y a un effet d’identification qui se fait.

Baptiste : Le malade va pouvoir s’identifier à celui qui s’en est sorti et donc c’est à moi d’utiliser mes expériences, de mettre des mots sur mes émotions pour qu’ils voient que c’est peut être normal ce qu’il ressent et que c’est un processus et que c’est surtout possible de s’en sortir.

Jonathan : Et donc à travers d’autres podcasts, justement, j’ai vu que tu étais en pleine formation. Je crois que le podcast que j’ai écouté datait du mois de janvier ou c’était pendant le confinement, donc est-ce que tu as terminé ? Ou tu es toujours en formation ?

Baptiste : Je suis toujours en formation. Je devais être diplômé en juin, mais avec la crise, ça a un peu, ça s’est espacé. Je suis en train de terminer ce qu’on appelle les journées de stage.

Baptiste : Donc, les interventions à l’hôpital, quelques interventions à faire. Mais voilà, c’est pour bientôt. J’essaye aussi d’organiser des interventions dans les écoles, en entreprises. C’est un grand objectif. Ça aide d’intervenir surtout auprès des jeunes parce que je pense. Je pense qu’il faut, il faut, il faut plus témoigner. Et ça, c’est les prochaines étapes. Voilà. Donc, en tant que patient expert, je peux intervenir et prévenir sur les dangers de l’alcool.

Jonathan : Concrètement, du coup, comment ça se passe? C’est ces trois occupations externe qui va inscrire sur un registre. Je ne sais pas du tout comment ça se passe. Tu t’inscrits sur un registre où tu te mets disponible et ensuite les organismes qui vont te contacter ou c’est toi qui contacte ces organismes.

Baptiste : Pour l’instant, c’est moi qui contacte parce que parce que je ne suis pas du tout connu et que les gens ne savent pas qui je suis. Mais c’est à moi de les contacter. Je leur expose le besoin, le besoin auprès des jeunes ou en entreprise. L’alcoolisme est partout. Il faut exposer ce besoin et ensuite, vu que c’est un témoignage, ça peut être une intervention assez marquante. Je pense qu’on a tous besoin de pouvoir s’identifier auprès d’histoires de vie un peu particulière. Les gens répondent souvent présents, mais c’est en pincés en cours, en train d’organiser tout ça. J’attendais d’être diplômé pour avoir cette crédibilité en jeu. Je manque toujours de confiance, de légitimité et donc j’avais besoin de faire les choses pas à pas.

Jonathan : C’est une formation qui dure combien de temps en moyenne, quand il n’y a pas le covid ?

Baptiste : C’est un an de formation théorique, puis pratique à l’hôpital. C’est apprendre à travailler main dans la main avec le corps médical. On fait partie du corps médical et je pense que moi, en tant que patient expert, j’ai plein de choses à apprendre du corps médical et vice versa. Et le but, en fait, c’est d’apporter un meilleur soin aux patients. C’est pas c’est pas moi, mon petit ego. J’aime me faire du bien. C’est vraiment ensemble. Avec les soignants et les patients experts, on va essayer d’apporter de meilleurs soins.

Jonathan : Si on parlait d’inspiration, toi, comme tu dis, t’as envie justement d’inspirer les autres, notamment à travers ton rôle, de façon experte. Mais est ce que toi, tu as des personnes qui t’ont inspiré,

Baptiste : Justement cette question, qui t’a inspiré? J’ai eu beaucoup de mal à identifier quelles ont été mes inspirations. En tant que jumeaux, je veux ressembler à personne, ressembler à quelqu’un. Pour moi, ça veut dire ressembler à mon frère jumeau, ce qui crée beaucoup de frustration. Donc, par orgueil aussi, je m’empêchais d’être inspiré par les gens dans l’alcool.

Baptiste : En fait, je me suis beaucoup inspiré de personnes chez les AA qui avaient des histoires hallucinantes et qui s’étaient inspiron. Ça me donnait des raisons de continuer mon abstinence. Donc aller chez les AA, ça a été, ça a été magique.Ma co-auteure Judith a été une inspiration par l’écriture et depuis que j’ai créé ce compte Instagram, il se passe des choses merveilleuses aux États-Unis et au Canada, où ils ont des années d’avance sur nous, sur l’acceptation de la maladie. Il y a des comptes Instagram qui sont fabuleux aux États-Unis, en anglais et parlent ouvertement et librement de leur addiction. C’est hyper bien vu. Ils sont topissimes et ça a été un choc de voir qu’en France, personne n’en parlait ouvertement et publiquement.

Baptiste : Moi, j’ai essayé de me faire des amis entre guillemets sur Insta. J’ai vu personne et j’ai commencé par m’inspirer de ce qu’il se faisait là bas. Et j’essaye d’appliquer ce que ce qui m’inspire ici en français,

Jonathan : Est-ce que le nom des pages, sinon on les mettra plus tard.

Baptiste : Il y en a des centaines.

Jonathan : Tu peux donner un top 3

Baptiste : Là, je dirais Sober-Sadie, Sober-Otter et Sober-Friend. C’est généralement des filles en plus, c’est peut être parce que la France, je ne sais pas, c’est bien de dire ça, mais les femmes en général sont plus à l’aise avec leurs émotions, donc qu’elles arrivent plus facilement à mettre des mots sur les émotions et nous, en tant que mec la sensibilité, il ne faut pas trop la montrer. C’est un truc a changer, d’ailleurs, mais c’est plus. C’est plus des comptes féminins.

Jonathan : OK, ok. On les mettra sur le site.

Jonathan : Donc aujourd’hui, ça fait longtemps maintenant que tu ne consommes plus d’alcool. Qu’est ce qui te donne de la joie, même dans les moments les plus difficiles?

Baptiste : J’ai appris à kiffer les moments simples, les moments forts. J’ai un rituel tous les matins me servir mon petit café dans le canapé. Et là, je réfléchis et je suis fier de moi de pouvoir profiter d’une nouvelle vie sobre, sans alcool. Je me dis tous les jours que je peux être fier d’avoir décroché un nouveau diplôme. Je suis fier d’avoir trouvé du sens à ma vie et en fait sans alcool, mes sens sont tous ouverts. Donc, je vais apprécier un lever du soleil ou un coucher du soleil. Je vais apprécier le son d’une musique. Je vais apprécier une vue mémorable et c’est des choses que je ne pouvais pas voir dans l’alcool. Il y a un voile qui se met quand on boit, qui nous empêche de voir la beauté du monde. Et ces petites choses là, j’ai aussi l’aide et le soutien de ma copine, qui est formidable et qui est d’être la première personne qui m’accepte comme je suis et qui m’aide tous les jours avec son positivisme. 

Je suis quand même quelqu’un d’assez anxieux, donc j’ai besoin d’avoir un moteur dans ma vie et elle m’aide énormément. Ma famille aussi, qui a été très unie, qui ont tout de suite accepté ma maladie. Une fratrie qui s’est bien soudée autour de enfants, qui s’est solidifiée avec la mort de papa. Finalement, on s’entraide et donc, à travers les épreuves, on a réussi à se consolider et j’ai beaucoup de chance d’avoir des potes, une famille, une copine qui me soutiennent. Je sais que ce n’est pas souvent, pas toujours le cas, mais pour ceux et celles qui se sentent seuls, il y a toujours les groupes de parole. Il faut oser parler parce que de mon expérience, c’est toujours mieux pris que ce que je pense. J’ai toujours très peur. Ça va être mal pris. Est ce que je vais oser en parler et en fait ? c’est bien pris.

Jonathan : Il y a une vraie forme de bienveillance, surtout je pense.

Baptiste : Ouais, ouais, ouais. Enfin, j’ai rien à rajouter. C’est le mot bienveillance.

Jonathan : Les gens ne sont pas là pour te juger. Du coup, on a déjà répondu à la question. Quel conseil donneriez tu à une personne qui vit la même chose que ce que tu vivais justement il y a quasiment 10 ans?

Baptiste : Ben ouais, je l’ai dit, c’est oser en parler

Jonathan: Mais du coup, là si tu devais recommencer 10 ans en arrière ? tu en parlerais à ta famille, à tes proches. Tu ferais quoi?

Baptiste : Je pense que j’irais sur des groupes Facebook qui parlent d’addiction.Il y a beaucoup de groupes Facebook qui regroupent, qui regroupent beaucoup de témoignages. Je m’approcherait surtout de personnes qui ont vécu la même chose. C’est vrai qu’on ne peut pas forcément être bien compris par ses potes, sa famille. Ils vont essayer de comprendre, mais pas forcément à 100%. C’est tellement plus soulageant et tellement plus tranquillisant de parler à quelqu’un qui va, qui va te comprendre, à parler, à quelqu’un de bienveillant. Quelqu’un qui va te comprendre parce que ces personnes là vont te permettre de réaliser que t’es pas une merde et que c’est pas grave de te sentir différent. 

Moi, ce qui m’a beaucoup freiné et beaucoup conforté dans l’alcool, c’était que je me sentais différent. Je savais pas pourquoi j’allais mal, pourquoi je pensais pas comme les autres. Pourquoi je réagissais pas comme les autres. Plein de choses comme ça et en parler avec des gens qui me comprenaient. C’était ultra libérateur. C’est comme le métier de passion expert. C’est le processus d’identification qui permet de se prendre en main, de réaliser qu’il y a des solutions et de réaliser qu’on peut s’en sortir. Ensuite, oui, tu me parles de conseils. Quelqu’un qui admet avoir un problème d’alcool avant d’envisager l’abstinence totale. En fait, je lui conseille plutôt de tester, de se lancer des petits défis. Je me teste cette semaine, je vais boire deux fois dans la semaine et si je bois, je vais prendre deux verres. Et voir si ça se passe bien, voire si il y a de la frustration qui est générée, voir si finalement tout se passe bien ou si bien, il y a trop de calcul dans la tête. Trop de voir si c’est possible, en fait, mais pas à pas, en fait. Imposer l’abstinence totale d’un coup, c’est déjà ça fait flipper. Et puis, imaginez ne plus jamais boire de ma vie. Mais c’est beaucoup trop, quoi. Pas à pas…

Jonathan : Du coup, justement. Est ce que tes potes ont également changé leurs comportements, leur comportement par rapport à l’alcool? Depuis que tu es abstinent, ils boivent moins. En tout cas, moins devant toi.

Baptiste : Ma famille, oui, dans le cercle familial, il y a plus d’alcool pendant le dîner. Je trouve ça, je trouve ça adorable, mais je ne leur ai rien demandé. Je leur ai toujours dit c’est à moi de m’adapter dans cette affaire. Je vais me protéger dans cet environnement alcoolisé. Je vais refuser des soirées, refuser des réunions. Mais si vous voulez vous faire plaisir, faites le, ne soyez pas différent autour de moi.

Baptiste : En fait, c’est surtout ça. Mes potes n’ont pas vraiment changé. Je pense qu’ils ont pris conscience de la relation qu’ils avaient avec l’alcool. Ils ont pris conscience de certaines choses, mais pas pour autant qu’ils vont se priver avec moi. Et ça me va très bien. Ça me va très bien.

Jonathan : Là. J’imagine que la réponse est non, mais l’alcool ne manque pas du tout. Ton ancienne vie ne te manque pas ?

Baptiste : Pas si un peu, mais parce que le cerveau retient que les moments magiques et forcément dans l’alcool, j’ai des moments magiques, des soirées inoubliables, des DJ incroyables.

Baptiste : J’ai d’autres. J’ai quand même de bons souvenirs et c’est pour ça que l’alcool, la drogue, c’est traître parce que forcément, il y a des côtés positifs. Moi, au début, ça me permettait d’être à quelqu’un de super héros, presque.

Baptiste : Il y a des moments qui sont plus difficiles gens en terrasse, en resto, quand je dois me priver, je les vois profiter chacun avec leur verre. Avec moi, je dois me satisfaire d’une eau gazeuse. C’est chiant parfois et parfois, quand j’ouvre le frigo, je suis. Je suis magnétisé par l’alcool. Je vois que ça. Je sais ce qu’il y a. Je regarde le pourcentage de telle bière, je dois faire attention.

Baptiste : En tout cas, j’ai pas envie de boire parce que je sais très bien que c’est mauvais pour moi et que prendre soin de soi, prendre soin de moi, c’est ma priorité. Mais il y a cet attrait. J’ai des TOC un peu. Je vais sentir le bouchon d’une bouteille d’une vin qui vient d’être débouchonnée, il m’arrive de renifler des cocktails, je ne peux pas me laisser aller, je dois faire gaf. ça ne me manque pas mails il y a un attrait assez bizarre.

Jonathan : Oui, une sensibilité. Alors sur Coline, on croit beaucoup à la résilience et au fait qu’on peut tirer du positif de toutes les situations. Est-ce que tu as un mantra qui te guide au quotidien, comme dit Mathilde, c’est la petite boussolle sur la Colline.

Baptiste : Il y a une phrase qui m’a beaucoup marqué, quand j’ai commencé les AA, c’est une phrase qui dit qu’être soi même c’est s’exclure de certaines personnes et être comme les autres c’est s’exclure soi même, ça résonne tellement en moi, durant des années, j’ai essayé de faire plaisir aux autres, de m’oublier. Je me suis oublié dans l’alcool, je ne me suis pas affirmé. Aujourd’hui je m’affirme, j’affirme ma sensibilité, mon abstinence, j’affirme mes moments de faiblesses, mes petits plaisirs, chacun doit pouvoir s’affirmer et se recentrer sur qui on est.

Jonathan : Super, j’aurais pas dit mieux.

Baptiste : J’ai aussi des mantras, mais je dois aussi faire des mises à jour de moi-même. J’essaie de l’appliquer mais je ne suis pas une machine.

Jonathan : Bon, tout à l’heure, j’ai menti, ma vraie dernière question c’est, quels sont tes projets ? Notamment ton livre que tu es en trai de ré-écrire je crois, je te laisse répondre.

Baptiste : Exactement, pendant le confinement, on venait de sortir la première version du livre, on a eu beaucoup de retours, on s’est posés, on a estimé que la forme pouvait être racontée différamment. On a beaucoup travaillé dessus, on est en train de faire la couverture, on espère que ce livre aura une belle vie, on y croit, cette histoire a besoin d’être entendue. Ce qui est fou est que j’ai une pôte qui est dramaturge, donc une pièce de théatre va sortir dessus, c’est assez fou. Donc il y a cette pièce et j’ai très envie de trouver des façons de vivre de ce que en quoi je crois donc notamment intervenir auprès des écoles, des entreprises, pourquoi pas faire des consultations privées en tant que patient expert avec des personnes qui ne sont pas prête à parler en public. Et on croise les doigts pour le film. On a construit le livre comme un film, c’est une écriture très visuelle, dans les émotions, mais ça c’est un rêve un peu caché.

Jonathan : ça ne l’est plus 😉 merci beaucoup, c’était top.

Baptiste : ça a été un vrai plaisir de parler avec toi, la parole libère et même moi en ayant fait des années de thérapies, parler, et réaliser que j’ai beaucoup évolué fait beaucoup de bien donc merci à toi.

A lire !!!

Nous vous invitons avec plaisir à commander son livre co-écrit avec Judith Lossmann et rebaptisé « D’avoir trop trinqué, ma vie s’est arrêtée », en cliquant sur ce lien Google Form

Musique du générique : Scott Holmes – 02 – Hotshot