Olivia Ibañez-Ferry, assistante sociale : les aides aux aidant.e.s

8 décembre 2022

Médias, Santé au travail

Olivia Ibañez-Ferry est assistante sociale indépendante en entreprise et en psychiatrie. Olivia Ibañez-Ferry œuvre chaque jour en faveur de l’accompagnement social et prône le développement de l’information et la sensibilisation afin de mieux guider chaque personne concernée par le soutien d’un proche.
Ils sont 11 millions d’aidants en France, 62% sont des actifs et 82% consacrent au moins 20 heures par semaine à leur proche. Quels sont leurs droits ? Leur statut ? Comment sont-ils accompagnés au quotidien ? Entretien.

Qu’est-ce qu’un aidant ?

C’est une personne qui vient en aide à une autre personne touchée par une perte d’autonomie, un handicap ou une longue maladie. Voilà pour la définition générale d’un aidant. Il y a la distinction d’un « aidant familial », qui est soit de la famille soit quelqu’un de vraiment très proche de la personne aidée.

Dans la majeure partie des cas, c’est donc souvent un aidant familial, et cet aidant-là peut être un « salarié aidant ». C’est par définition une personne qui s’occupe régulièrement d’un proche en état de dépendance et qui a un statut de salarié en entreprise par ailleurs, qui exerce un emploi en parallèle de l’accompagnement.

Comment obtenir le statut d’aidant ?

Il n’existe aucun statut juridique qui dit que la personne est aidante. Cependant effectivement, la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) reconnait le statut d’aidant familial. Il existe l’allocation journalière du proche aidant (AJPA), où au préalable la personne aidée doit justifier soit d’une reconnaissance de la MDPH, soit du document du conseil départemental pour voir dans quel GIR de dépendance est la personne, entre le GIR 1 ou 3.

Mais sinon, il n’y a pas de statuts particuliers qui dit que cette personne est reconnue comme aidant.

Il est possible que l’aidant familial puisse être salarié de la personne aidée. Cette dernière devient donc l’employeur de l’aidant familial.

Si l’Aidée ne perçoit pas l’APA ni la PCH, elle peut employer librement un membre de sa famille en tant qu’aide à domicile.

En revanche s’il perçoit l’APA il peut employer un membre de sa famille, à l’exception de son conjoint, concubin ou partenaire de PACS, en tant qu’aide à domicile dans le cadre de l’APA qui lui est accordée Si l’aidée perçoit la PCH, il peut salarier un membre de sa famille à l’exception de son conjoint, concubin, partenaire de PACS de son enfant et de ses parents. En revanche il peut les dédommager.

Existent-ils des congés pour les aidants ?

Il existe effectivement des choses pour les salariés aidants. Le congé proche aidant, c’est maximum trois mois dans la limite renouvelable d’un an sur toute la carrière du salarié. C’est un congé indemnisé par la CAF et l’employeur ne paie pas le salarié pendant ce congé-là. C’est la CAF qui prend le relais.
Ensuite il existe le congé de solidarité familial, donc là c’est maximum trois mois renouvelables une fois et c’est indemnisé par la CAF sur 21 jours. Après ce n’est plus pris en charge.

Ensuite il existe le congé de présence parentale qui correspond à 310 jours sur trois ans, par enfant et par pathologie ou handicap, et c’est indemnisé par la CAF.

Enfin, les entreprises peuvent aussi proposer des aides comme le don de jours.
L’aidant sollicite son entreprise pour faire une demande de dons de jours selon les conditions établies par l’entreprise. C’est-à-dire que des salariés peuvent donner des jours de congés à un salarié proche aidant.

Mais rappelons que souvent, pour la plupart des aidants, il n’y a pas de dédommagements, ils ne sont pas salariés. Ils le font parce que ce sont des petits-enfants, des enfants, c’est quelqu’un de la famille à qui ils tiennent.

Vers qui un aidant peut se tourner pour avoir un relais ?

Pour les aidants, il existe des relais comme des EHPAD (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui peuvent proposer des séjours de répits. La personne est prise en charge sans l’aidant pendant quelques jours.

Il existe des associations qui ont des structures comme des « villages vacances », il existe également des accueils pour les familles. Ce sont des hébergements ponctuels.

Et il y a eu aussi la mise en place d’un plan national de renforcement et de diversifications des solutions de répit.

Vers quelles structures un aidant peut se tourner pour être accompagné ?

Il existe un numéro national de soutien des proches aidants, il existe des associations comme la Compagnie des aidants, l’Association française des aidants, et puis il y a tous les services que l’on peut retrouver dans chaque ville en générale. Le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), les CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination gérontologique) à destination des personnes âgées, les services de solidarités territoriale et un numéro vert pour le soutien.

Et il y a également les MDPH qui sont présentes sur chaque département. Elles peuvent vous proposer des formations en partenariat avec des associations comme l’Association française des aidants.

Le plus important c’est qu’il ne faut pas hésiter en tant qu’aidant à demander de l’aide ou des conseils pour soi-même ou pour l’aidée. Cela fait également parti du rôle de l’assistante sociale qui peut être présente au sein de votre entreprise ou dans votre commune. Il existe des solutions de relais, de formations, d’écoute et de soutien. On peut aussi contacter la médecine du travail de son entreprise pour voir un psychologue, un médecin… Beaucoup d’aidants ne connaissent pas les solutions existantes. Il faut en discuter autour de soi et prendre le temps nécessaire pour rencontrer les personnes ressources.

Que faudrait-il améliorer en France sur le sujet ?

Il faudrait peut-être qu’il y ait une réelle reconnaissance, un statut juridique.   Qu’il y ait au niveau des congés spécifiques une hausse de la prise en charge et que la durée soit allongée.

Il faudrait également plus de structures, qui sont souvent vite complètes et une aide au financement de ces structures.

Et pour finir, il faudrait peut-être davantage de formations pour les aidants.

Dans le monde de l’entreprise, il faudrait davantage de communication à ce sujet et de mobilisation des entreprises.  Beaucoup de salariés ne savent même pas qu’ils sont aidants.

Informations pratiques :