Comment parler à un collègue de retour d’un long arrêt maladie ?

14 juin 2022

Santé au travail

Quelle posture adoptée face à un collègue de retour au travail après un arrêt maladie qui a duré plusieurs mois ? Quels mots choisir ? Quelle limite ne pas dépasser ? Réponses avec Johanna Rozenblum, psycholoque clinicienne.

Difficile de renouer le contact avec un collègue de retour au travail après des mois d’arrêt maladie. 

Que l’on connaisse ou non la cause de cette absence prolongée, on sait qu’elle est très souvent liée à une pathologie physique ou mentale, parfois très grave. Par malaise, gêne, crainte de ne pas tenir des propos adaptés, nombre d’entre nous optent pour l’absence de réaction, comme si ce collègue était là la veille. « Il n’est simple pour personne de parler de la maladie. Chacun a un rapport différent à elle. En fonction du type de pathologie, du stade de guérison, du type de traitement, il n’est pas facile de savoir si c’est le bon moment pour parler », comprend Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne, contactée par Coline.care. Toutefois, faire comme si cette longue absence n’avait pas existé n’est jamais la bonne option. « Cela crée des non-dits et installe une gêne d’emblée. En plus de générer du malaise, cela exacerbe ce tabou qu’est encore trop souvent la maladie dans le milieu professionnel », ajoute la spécialiste.

Si on veut ouvrir le dialogue avec ce collègue, de quelle manière s’adresser à lui, reprendre contact tout en restant discret ? 

« Selon moi, il est important de s’expliquer avec des mots simples : ‘j’ai appris que…’, ‘Est-ce que tu aimerais en parler ou m’expliquer ce que tu as traversé ?’, « que peut-on faire pour te rendre les journées au travail plus simples ?’… ». Ces questions peuvent évidemment rester sans réponse et il ne faudra pas s’en offusquer. Il s’agit surtout de montrer de la bienveillance envers ce collègue qui, en plus de faire ses premiers pas au bureau depuis des mois, a traversé, ou est en train de traverser, une expérience difficile. « Poser ces questions en toute humilité, permet de briser la glace et de recueillir les mots du collègue s’il en ressent le besoin. Et s’il ne le fait pas, il saura que vous êtes une écoute bienveillante », précise Johanna Rozenblum. Vous serez reconnu comme un soutien vers qui votre collègue pourra se tourner à un moment ou à un autre. « Car dans tous les cas, l’épreuve de la maladie fragilise physiquement et psychologiquement ».

Quels conseils donner à ceux qui craindraient de sortir du cadre de leur statut de collègue ? 

« Il faut effectivement avoir bien en tête que vous n’êtes ni soignant, ni un proche. Vous êtes un collègue et il faut pouvoir respecter ce cadre pour ne pas tout mélanger. L’empathie ne doit pas faire oublier cette limite relationnelle ». Ce collègue de retour au travail peut aussi être soulagé de simplement se trouver dans un espace où sa pathologie n’est pas au centre des préoccupations. « Un collègue peut aussi servir à cela, à permettre à la personne qui traverse une épreuve de santé de se sentir effective et compétente », précise la professionnelle. Voire même de profiter de moments de légèreté et de convivialité que la maladie a éclipsés.

Même avec bienveillance et compassion, on ne peut évidemment pas tout dire, sous risque de tomber dans la maladresse et de heurter au bout du compte. Pour notre experte, « il est important de ne jamais parler ou penser à la place de la personne qui rencontre des soucis de santé. Je recommande de s’en tenir à simplement voir avec elle si elle a besoin d’aide, d’aménagement ou de soutien dans son travail. Faire preuve d’infantilisation ou de compassion à outrance peu rendre encore davantage vulnérable. »

La représentation mentale de la maladie peut aussi rendre incapable d’aborder le sujet. Elle peut renvoyer de manière brutale à une histoire personnelle à laquelle, on n’a pas envie de se confronter. Dans ce cas, comment signifier à son collègue qu’on est là pour lui ? 

« Il est tout à fait sain de dire à quel point on se sent démuni et demander en toute franchise quelle posture adopter. Ce qui fait mal, c’est l’indifférence, bien plus que les interrogations », affirme la spécialiste. On peut donc expliquer à une personne qu’on est heureux de la revoir mais aussi un peu mal à l’aise, la nuance est possible, et comprise lorsqu’elle est verbalisée.