Inclusion et emploi : un premier livre blanc sur le re-onboarding à destination des entreprises

26 janvier 2023
Alix Decroix est la fondatrice de HPI Conseil (Haut potentiel inclusif), également membre du premier réseau de référents handicap indépendants Cap & Pro France. En tant que référente handicap externe, elle a participé à différentes sessions de formation à destination des patients experts pour Coline Care et a participé à l’élaboration collective du livre blanc « Le ré-onboarding après un long arrêt maladie : Un atout dans la stratégie RH des entreprises ». Rencontre.

Vous êtes référente handicap et avez créé HPI Conseil, pour accompagner les entreprises. Quel est le cœur de votre mission ?

L’idée c’est vraiment de les accompagner de A à Z sur la mise en place de la politique handicap. Donc démarrer par un diagnostic : ce qui est déjà mis en place et faire un bilan social sur l’état de l’équipe (turn-over, arrêts maladies longue durée, employés partis en invalidité ou incapacité de travail). Et à partir de là, en tirer un plan d’action pour voir quels sont les axes prioritaires que l’on va pouvoir développer.

Dans tous les cas, il faut débuter par une grosse partie sensibilisation et information. Le handicap est un sujet extrêmement mal connu avec un nombre d’idées reçues encore incroyable. On ne connaît pas les maladies chroniques, on ne connait pas le statut de la RQTH, on ne connait pas les aménagements qui peuvent être mis en place.

Il y a la sensibilisation au handicap et la sensibilisation aux enjeux d’une politique handicap. L’idée c’est de faire changer les mentalités en montrant que ce n’est pas coercitif, c’est-à-dire que certes, ça fait diminuer la contribution de mettre en place des actions, mais c’est surtout que ça peut apporter des bénéfices extrêmement positifs à l’entreprise.

Il y a pléthore d’études qui convergent vers les mêmes conclusions, à savoir que les entreprises inclusives au niveau du handicap sont des entreprises où on fidélise plus facilement les collaborateurs, qui bénéficient d’une image de marque beaucoup plus positive, où les gens retrouvent du sens à travailler dans la structure, où on est plus en confiance quand on sait que l’entreprise a mis des choses en place. On ne craindra pas d’être stigmatisé si des choses sont mises en place.

On peut se dire que malgré une maladie, quelle qu’elle soit, on peut continuer à travailler. On reconnait aujourd’hui l’utilité sociale du travail. En effet, on sait que quelqu’un qui est mis de côté, c’est quelqu’un dont l’état physique et/ou psychologique peutse dégrader.

La communication doit vraiment se faire au niveau de la prévention. Il ne faut pas attendre d’arriver à des situations dramatiques, qu’elles soient physiques ou mentales, pour agir.

Vous avez, avec d’autres professionnels, participé à l’élaboration du livre blanc proposé par Coline Care : « Le ré-onboarding après un long arrêt maladie : Un atout dans la stratégie RH des entreprises ». Quel en est l’objectif ?

Il y a de plus en plus d’entreprises qui mettent en place des process très élaborés d’on-boarding pour les nouveaux arrivants. On a conscience de l’importance de bien intégrer les collaborateurs. En revanche, on néglige totalement les salariés qui ont été en arrêt longue durée. Et ça veut dire, très souvent, mettre en péril leur retour. Parce que la personne a changé, parce que l’entreprise a changé, l’équipe a changé, les projets ont changé et dans ces cas-là, sans préparation du retour, ça ne peut que mal se passer.

L’objectif de ce livre blanc estt vraiment de sensibiliser sur cette problématique du « deuxième accueil » et de donner aux managers, aux RH, aux référents handicaps, des clés pratiques à mettre en place pour réussir ce ré-onboarding.

Il y a un message qui est prioritaire, c’est sensibiliser sur l’importance de préparer en amont ce ré-onboarding , et d’impliquer uneéquipe pluridisciplinaire. C’est-à-dire à la fois le manager, le RH, le médecin du travail, la personne concernée évidemment puisque c’est elle qui va savoir ce dont elle a besoin, ce qu’elle se sent capable de faire…

L’anticipation c’est vraiment le maître mot, avec la communication. On a beaucoup insisté sur le maintien du lien, que la personne se sente encore intégrée à l’entreprise, attendue, prise en compte. C’est fondamental pour que ça fonctionne.

En écoutant une émission, un manager disait n’avoir jamais été confronté à la question du retour à l’emploi et partageait le fait qu’il ne s’était pas rendu compte à quel point c’était compliqué. Parce qu’il n’avait aucune idée de ce que la personne ressentait, qu’il ne voyait pas pourquoi à partir du moment où le médecin avait dit qu’elle était en état de reprendre le travail, pourquoi est-ce qu’elle n’était pas capable de reprendre dans les mêmes conditions qu’avant ?

En fait, un salarié qui a été arrêté longtemps n’a parfois plus les mêmes capacités physiques et intellectuelles, au sens de la concentration, etc… pour reprendre précisément dans les mêmes conditions. Cela ne veut pas dire qu’elle n’en sera jamais capable, mais qu’il y a parfois une transition qui doit être mise en place pour que le retour se fasse dans les meilleures conditions.

J’insiste sur la communication qui n’est pas toujours simple ; parce que dans le meilleur des cas, la personne est volontaire pour communiquer sur son état mais ce n’est pas toujours le cas. Or, si on reste sur des non-dits, des aménagements peuvent être pris pour du favoritisme. Et puis, la maladie fait peur. Il y a toujours inconsciemment un petit effet miroir.

Communiquer sur ce sujet permet aussi de prévenir. Les personnes en situation de handicap et celles qui ont une maladie chronique ont une capacité d’adaptation très importante, mais se mettent souvent en sur compensation. Quand on n’en parle pas, c’est aussi ça le risque. C’est vouloir « faire comme si de rien n’était » et assurer la mission et le quotidien. Et au bout d’un moment, on s’effondre. Ce n’est plus tenable. C’est pour ça que le fait de savoir permet de comprendre.

Vous avez également animé des sessions auprès des patients partenaires de Coline Care. Racontez-nous.

On a fait trois sessions auprès des patients partenaires de la plateforme de Coline.care sur le thème de la RQTH. L’idée n’était pas d’en faire des experts, mais qu’ils puissent répondre aux questions des salariés qui les appellent et qui auraient des interrogations sur la RQTH. C’est pouvoir leur en parler parce qu’il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas le statut, et donc de leur dire en premier lieu que cette reconnaissance existe. Ensuite, leur détailler quels sont les bénéfices, ce que ce statut peut leur apporter  Et finalement, concrètement, comment ça se passe, comment en faire la demande.

Derrière la RQTH, il y a ce mot handicap. Donc encore une fois, on revient aux préjugés qu’on peut avoir.  Même pour soi-même c’est très dur d’ accepté, d’être étiqueté entre guillemets handicapé. C’est un parcours personnel d’acceptation qui peut prendre du temps. Mais j’insiste sur la notion d’être « en situation de handicap ». L’important est l’environnement, qu’il soit personnel ou professionnel, est-ce qu’il est adapté ou incapacitant, puisque cela change tout. Et souvent il suffit de petits aménagements pour tout changer dans le quotidien et le quotidien de travail !

Il reste un gros travail de sensibilisation à faire auprès des entreprises mais je reste positive, car les choses bougent depuis quelques années. Il y a une multiplication d’initiatives qui participent à changer les regards.

Et Coline.care va dans ce sens. Cette plateforme qui permet aux salariés atteints d’une maladie chronique d’échanger avec des patients partenaires, c’est le moyen d’être écouté et accompagné par quelqu’un qui vit les mêmes choses, c’est très précieux. Et l’entreprise qui fait la démarche de souscrire un abonnement à la plateforme Coline.care, et qui donc implicitement accepte d’avoir des collaborateurs malades sans le savoir, leur donne la possibilité de gérer de leur côté leur maladie, d’avoir recours à un tiers pour les aider à trouver des solutions, le tout de façon confidentielle. C’est une super confiance.

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