Quel lien entre santé et environnement ? Eclairage avec Sonia, pair-aidante

6 septembre 2022

Médias, Sens

Sonia, une jeune femme créative, humaine et sensible, orthoprothésiste de son premier métier décide de changer de voie à la suite d’un burn-out et d’un accident du travail et se forme dans la santé et plus particulièrement dans le champ de la santé environnementale. La nature chevillée au corps, elle choisit d’ailleurs une plante pour se décrire. Les préoccupations sur l’environnement s’intensifient et à juste titre, alors quel lien pouvons nous faire entre santé et environnement ? Comment agir sur la santé environnementale ? Comment prendre en compte ce lien entre santé et environnement ? Entretien.
  • Tout d’abord, parle-nous de ton parcours de vie

Premier métier orthoprothésiste, j’accompagnais les personnes amputées à refaire leur premier pas, c’est un métier manuel et très social, il faut avoir des qualités d’écoute empathique et être pédagogue pour expliquer le principe de fonctionnement d’un appareillage, d’après moi c’est la base d’une relation de confiance patient-soignant. J’adorais cette facette très humaine du métier.

En 2017, j’ai fait un premier burn-out qui s’est manifesté sous forme de stress chronique, troubles digestifs, dissociations au réveil et sur mon lieu de travail. Je suis épuisée physiquement et moralement, mon médecin m’arrête 2 mois. Je commence le yoga et la course à pied, qui est un véritable exutoire ce qui me fait tenir jusqu’en 2019 où je rechute.
Il faut savoir qu’il y a souvent une confusion  entre “valeur personnelle” et “performance” chez le patient sujet au burn-out. Le profil type est souvent une personne perfectionniste, qui se rend facilement disponible, qui a une basse estime de soi, qui s’oublie et qui accorde beaucoup d’importance aux regards des autres. Il y a des facteurs internes et externes qui viennent favoriser la maladie.

Dans la foulée je subis un avortement et j’ai du mal a m’en remettre. C’est encore un peu tabou mais c’est important de libérer la parole des femmes sur cette thématique spécifique. Je décide de partir sur l’île de la Réunion pendant 3 mois avec peu de moyens et mon sac à dos. Je me mets au jardinage là-bas, je fais beaucoup de randonnées, j’observe des paysages magnifiques, c’est méditatif. Je lis énormément et je rencontre des personnes inspirantes qui me permettent d’avoir des déclics.

En 2020, à mon retour, je subis un accident de travail sur mon lieu de travail. Je suis arrêtée d’urgence à ce moment-là, j’ai plusieurs diagnostics dont un stress post-traumatique et des troubles anxieux généralisés qui me handicapent fortement et m’empêchent de vivre normalement.

Je me replie sur moi même pendant 1 an. L’isolement est souvent le début d’une nouvelle vie. Je reconnecte avec des choses simples de la vie : ma façon de consommer, la méditation, l’alimentation saine, la musique et trouve refuge dans un environnement relationnel sécurisant.
Je rencontre une patiente partenaire en santé mentale qui me parle de la pair-aidance.
Je remonte doucement la pente avec mes fragilités et je souhaite faire de mon histoire une force pour aider les personnes à faire preuve d’empowerement suite à un burn-out ou une dépression.

Si j’avais eu la chance d’avoir des entretiens comme ceux que propose Coline.care, j’aurais pu me sentir comprise et agir beaucoup plus tôt sur pleins d’aspects différents de ma vie.

C’est pour cela que je souhaite apporter mes savoirs expérientiels en accompagnant les personnes à prendre soin de leur santé mentale et en particulier à prendre soin de sa santé mentale au travail car cela nous concerne tous.tes.

  • La santé environnementale te tient à cœur, peux-tu nous dire de quoi il s’agit ?

La santé-environnement concerne les liens qui existent entre notre environnement et notre santé. Pour vivre, l’être humain a besoin d’eau, d’air, d’alimentation et d’autres être-humains. La santé-environnement vient mettre en avant notre impact sur ces aspects et sensibiliser au prendre soin, et à notre échelle, et favoriser des actions éco-responsables. La qualité de l’eau que l’on consomme, l’air de l’on respire, les aliments que l’on mange sont primordiaux pour rester en bonne santé. Paradoxalement, nous créons des pollutions avec nos voitures, nos usines, nos déchets plastiques etc. qui ont une incidence sur notre air, notre eau, notre alimentation, notre planète et donc sur nous.

Mon domaine de prédilection est l’alimentation durable et la réponse de la santé-environnement à cette thématique, c’est l’agro-écologie. L’agriculture intensive appauvrit nos sols, la biodiversité est en chute libre. Cependant, c’est la biodiversité (vers de terre, bactéries etc.) qui participe à rendre nos terres riches en nutriments pour produire des fruits et légumes qualitatifs.

  • Comment agis-tu dans ce domaine ?

Cette année je fais une formation d’animatrice en éducation à l’environnement. L’idée pour moi est de concevoir des cycles d’animations permettant de sensibiliser les publics à prendre soin du vivant s’inspirant des trois principes éthiques de permaculture dont le premier est “prendre soin de l’être humain”. Cette année j’aborde “comment prendre soin de sa santé physique, mentale et émotionnelle au jardin permacole”. Je suis en train de finaliser la conception à l’Oasis Citadine sur les terres du château de Flaugergues à Montpellier.
Le but c’est vraiment de sensibiliser et informer un maximum de personnes aux solutions qui s’offrent à nous pour agir en conscience et en mettant en place des actions éco-citoyennes. Le deuxième cycle s’inspirera du deuxième principe éthique de permaculture “prendre soin de la terre”, se sera l’occasion d’aborder plus spécifiquement les pratiques agroécoLOGIQUES et de prendre soin de notre terre qui est, elle aussi malheureusement en burn-out.

  • Quel lien fais-tu entre santé mentale et santé environnementale ?

C’est pour moi la base. La santé mentale est la recherche d’un équilibre permanent entre toutes les dimensions de sa vie : émotionnelle, psychique, physique, sociale, spirituelle et économique. Elle dépend de plusieurs facteurs : ton éducation, tes traumatismes, tes conditionnements, la gestion émotionnelle, ce que tu lis, regarde, comment tu te nourris, comment tu t’entoures…Et l’environnement est partout c’est pourquoi quand on agit sur ce pilier on agit aussi sur sa santé mentale.

  • Pourquoi, selon toi, l’environnement est un déterminant de santé ?

C’est même le premier ! L’air que tu respires, s’il est pollué tes poumons ne vont pas être contents, pareil pour l’eau que tu bois. L’eau est une denrée qui va être de plus en plus rare avec le réchauffement climatique, nous sommes constitué à 65% d’eau, il est important de mettre des actions au quotidien pour prendre soin de notre planète. La surproduction agricole et l’élevage intensif appauvris nos sols alors que l’agro-écologie est une solution en faveur de la santé et du réchauffement climatique, elle est une solution et permet de retrouver un sol riche, vivant et optimise l’utilisation en eau par des techniques très simples.

  • Souhaites-tu aborder ce thème avec les personnes que tu vas accompagner sur coline et pourquoi ?

L’idée est effectivement de commencer à s’interroger sur le “prendre soin de soi et comment?” Dans mon cheminement j’ai fait un burn-out et j’ai eu des diagnostics de troubles associés. Ma santé mentale m’a obligé à faire une pause et je suis partie durant 3 mois afin de me reconnecter à la nature et c’est là que j’ai compris toute l’importance des ressources que l’on peut trouver en soi et dans l’environnement et faire preuve de résilience.
J’ai d’abord travaillé dans le jardin d’un gîte BIO et puis je me suis mise à la randonnée pédestre. Ce sont deux activités méditatives qui ont du sens pour moi. En effet il n’y a pas qu’une manière de méditer. La première, le jardinage m’a permis de reconnecter avec la terre et de me questionner sur mon alimentation. Par exemple, j’ai réalisé que certains aliments étaient précurseurs de sérotonine, une hormone très importante dans la guérison de la dépression et du burn-out. La seconde randonnée m’a permise de mettre mon corps en mouvement et d’appréhender les bienfaits de l’activité physique extérieure, le soleil par exemple permet de capturer de la vitamine D qui est une vitamine qui participe à la bonne humeur et d’autant plus importante pour les problématiques de santé mentale.

Lorsque l’on se met en mouvement, on pense moins, on avance ! 

  • Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui vient d’apprendre un problème de santé mentale ?

Prenez du temps pour vous, faites des choses qui vous font du bien sans culpabiliser, méditez, sortez en nature. Faites vous accompagner (c’est la base !) en choisissant précautionneusement vos thérapeutes, les médecins qui vous suivent. Connectez-vous avec les personnes bienveillantes qui ne vous jugent pas et vous acceptent comme vous êtes. Apprenez à accueillir vos émotions, même les moins agréables car en réalité elles sont la boussole de votre état intérieur et elles ont toutes un message pour prendre soin de vous.

Vous pouvez prendre un rendez-vous avec moi sur coline.care et si vous êtes de passage sur Montpellier venez à l’Oasis Citadine, participer à mon cycle d’animations qui est une opportunité pour prendre le temps, appréhender ce qu’est la méditation par les sens, ce que veulent dire les émotions, prendre soin de son alimentation et pratiquer de l’activité physique au jardin en se sensibilisant à la permaculture et à l’agro-écologie.