Retour au travail après un arrêt maladie, témoignage de Cathy

3 mars 2022

Quotidien

Nous avons la joie d’accueillir Cathy Cailleau, patiente partenaire sur coline pour des rhumatismes inflammatoires qui va nous parler de maladie chronique et travail et notamment du retour après un long arrêt maladie.

  • Commençons par une courte présentation :
    J’ai 57 ans et 37 ans de travail derrière moi. Une vie professionnelle et personnelle, très active, diversifiée et riche en tous domaines.
  • Parle nous de ta maladie en quelques mots.
    Elle fait partie des rhumatismes inflammatoires chroniques. Il s’agit de la polyarthrite rhumatoïde. Les 1ers symptômes sont apparus en 04/2018 et le diagnostic a été posé en 07/2018. Assez rapidement, ce qui m’a permis de pouvoir bénéficier du traitement de fond, préconisé en 1ère intention : Spécialfodine et IMETH. Et abandonner les antalgiques, les AINS, la cortisone. Que je ne tolérais plus, qui étaient devenus inefficaces sur la douleur ou bien néfastes pour mon état général. L’annonce d’un traitement à vie a été une épreuve.
  • Quel est ton parcours professionnel ?
    J’ai commencé à travailler le 17/09/1984. Par de l’intérim au sein de l’Education Nationale, durant 8 ans. Ensuite j’ai passé divers concours qui m’ont amenée à traverser plusieurs régions. Chronologiquement : bordelaise, parisienne, Landes et pays Basque, Corse, Bretagne. Puis désormais, depuis le 01/09/2019, Montpellier. J’ai exercé mes fonctions, tant en milieu administratif que financier. Aussi bien dans les lycées/collèges que des structures hiérarchiques plus conséquentes. Lorsque la loi mobilité inter fonction publique a vu le jour, je m’en suis emparée. Par intérêt et curiosité naturelle, j’ai souhaité un détachement pour le ministère de la transition écologique. Pour lequel j’ai travaillé dans le milieu de la biodiversité, sur le port de BREST durant presque 3 années.
  • Est-ce qu’il y a eu des arrêts dus à la maladie ?
    Oui bien sûr. Au début, lorsque la maladie est apparue, car ça s’est fait de façon assez fulgurante, sur 3 jours. Avec quasi impossibilité de marcher, sauf avec l’aide de béquilles. J’étais alors en Bretagne. Congé maladie ordinaire d’environ 2 mois, le temps que le traitement de fond produise ses effets. Et dans l’attente de confection d’orthèses de fonction et de repos. Puis un peu plus d’1 an plus tard, lors d’une rechute, du coup en poste sur Montpellier. Congé longue maladie de 15 mois. Puis congé maladie ordinaire de 5 mois, dans l’attente d’obtention d’un poste adapté.
  • Comment s’est passé le retour au travail ? Dans la phase 1, sur Brest pas de problème car prise en charge opérationnelle par le SAMETH 29, via le service de médecine du travail et l’adhésion totale et immédiate de mes chefs et collègues. Dans la phase 2, sur Montpellier beaucoup plus compliqué à tous niveaux.
  • Quels ont été les aménagements de poste ?
    Phase 1 : Réalisation de divers tests dans centre dédié, équipement de mon bureau principal et du poste de télétravail très rapidement. Prêt de matériel sous forme de location auprès de l’employeur, dans l’attente des préconisations et attribution définitive. Mise en télé travail 2 jours/semaine, consécutifs, afin de prendre en compte l’état du moment et la fatigue liée au temps de transport, qui se rajoutait au côté chronique.
    Phase 2 : Bien qu’ayant fourni tous les documents demandés en amont de mon arrivée sur la région (05/2019), équipement assez tardif du fait de la période budgétaire (fin d’exercice). Une partie réalisée partiellement sur mon bureau principal, rien sur mon poste de télétravail. Mise en télé travail 3 jours/semaine, consécutifs, afin de faire face à une rechute annoncée.
    Les aménagements de poste ont été réalisés, dans leur totalité ce coup-ci, prenant même en compte mes nouvelles conditions d’exercice, et ce dès ma reprise de fonctions sur poste adapté, qui est intervenue le 19/11/2021.
  • Comment ça s’est passé avec la direction, les RH, les collègues ?
    L’interruption de travail a été très compliquée à accepter pour moi. Et sur cette région, particulièrement difficile à gérer à tous niveaux. Mes supérieurs ne comprenant pas très bien, certains de mes collègues non plus. La discussion a fini par s’ouvrir au fur et à mesure avec les RH. Mais seulement après voir formulé un recours sur la décision de reprise immédiate prononcée par le comité médical. J’avais été examinée par un expert de ma pathologie avec lequel ça ne s’était pas très bien déroulé lors de la 2de visite. De plus, un document élaboré par le médecin du travail, et allant dans le sens d’une reprise plus tardive, manquait à mon dossier. Je n’ai pas baissé les bras, soutenue par mon médecin généraliste. Avec lequel le plan d’action suivant a été décidé : prolongation de mois en mois jusqu’à obtention d’un poste adapté. De mon côté, j’avais anticipé en demandant un bilan de compétences en parallèle. Que je ne commencerais qu’à ma reprise. Le congé maladie étant fait pour m’apporter des soins en priorité, et non pour me former.
  • Qu’est-ce que la maladie a changé dans ton regard au travail ?
    Presque tout en fait. Mon rapport au travail, à mes collègues, à mes supérieurs, à la norme en général. Je me positionne dans le cadre, ni en dessus, ni en dessous, juste où je dois être désormais. C’est-à-dire que je respecte mes horaires, que j’ai adapté à mon énergie, ma fatigabilité. Je me suis offerte un cadre sécurisant du point de vue santé. Je n’en fais pas plus qu’il n’est prévu sur ma fiche poste. Je relativise et essaie de ne plus me stresser. Je respecte mon nouveau rythme et en ai fait mon allié afin de pouvoir faire des activités lorsque ma journée administrative est terminée, si le cœur m’en dit. Je suis capable de parler de ma pathologie avec ceux que ça intéresse et je mets le holà si problème ou réflexion désagréable. Mais ça n’est plus arrivé. Les périodes d’arrêt maladie m’ont aidée à me poser, récupérer, physiquement et moralement. Je me re-regarde comme moi, et pas comme quelqu’un avec une maladie qui handicape parfois les actes du quotidien. J’avance.
  • Comment concilier maladie chronique et travail ?
    Je peux rajouter ici qu’il faut bien se connaître afin de pouvoir répondre en priorité à ses besoins, nouveaux du fait de la maladie chronique. Savoir ce qui nous anime vraiment, pour soi. Si l’on veut rester dans la vie sociale, ou non, en fonction de nos possibilités de santé bien sûr. Ou bien se diriger vers autre chose. Mettre à jour nos connaissances en matière de handicap est essentiel car ça aide à s’orienter pour mettre en place les solutions qui nous correspondent. Accepter de se faire aider sinon. Se respecter en tout cas, car rien ne vaut et ne se fait sans la santé.
  • Aujourd’hui, où en es-tu dans tes projets professionnels ?
    J’en ai plein de nouveaux oui ! Mais je vais essayer de les orienter dans ce qui me tient à cœur en premier, c’est-à-dire l’humain et la nature. Dans l’idéal, je souhaiterais conserver une activité professionnelle ayant une base dite « alimentaire » et la concilier avec un socle à connotation « plus sociale ». J’espère pouvoir investir des domaines qui s’apparentent au contenu du DU PPS obtenu cette année. C’est-à-dire peut être intégrer des programmes d’ETP. M’investir dans les cursus d’étudiants en Médecine en qualité de patient partenaire. Réaliser du co-enseignement sous forme de témoignage sur ma pathologie. De fait, le projet porté par COLINE.care m’inspire beaucoup. Et sinon, je conserve tout le reste de mes autres activités ludiques, qui relèvent autant du milieu sportif que créatif. En fait, je souhaite en priorité offrir du PARTAGE. Ceci est le mot de la fin… et peut être le début d’une grande aventure !

Merci Cathy pour ce témoignage riche en enseignement et sur une thématique qui nous tient à cœur sur coline. A bientôt